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Le Département du Trésor américain vient de frapper un grand coup en sanctionnant Gasabo Gold Refinery (GGR) et son réseau. La première raffinerie d’or du Rwanda est officiellement accusée d’alimenter la rébellion du M23 grâce au commerce illicite de « minerais de sang » en provenance de la République démocratique du Congo.

Les États-Unis intensifient leur pression sur Kigali. Le Département du Trésor a annoncé des sanctions ciblant de plein fouet l’industrie minière rwandaise. Au total, deux individus et quatre entités sont visés, au premier rang desquelles figure Gasabo Gold Refinery (GGR).

Selon les autorités américaines, la raffinerie aurait notamment traité et « blanchi » au moins 60 kilogrammes d’or extraits illégalement au début de l’année 2026 dans les zones contrôlées par le M23 et les forces rwandaises (RDF). Ce trafic lucratif servirait directement à financer le conflit armé qui déstabilise l’est de la RDC.

Cette offensive américaine n’est pas isolée. En 2025, l’Union européenne avait déjà placé GGR sur sa liste noire, aux côtés de Francis Kamanzi, l’ex-PDG de la Rwanda Mines Board. Bruxelles qualifiait alors la raffinerie de « point de transit majeur pour l’or extrait illégalement au Congo », alertant sur le risque de voir de l’or rwandais officiellement étiqueté comme « ressource de conflit ».

Inaugurée en mars 2022 pour un investissement de près de 5 millions de dollars, GGR est une joint-venture entre la société rwandaise Hilly Metals Company et Aldabra. Installée à Bumbogo, au sein de la zone économique spéciale de Kigali, l’usine fonctionne 24 heures sur 24.

Avec une capacité théorique de 96 tonnes par an, soit 480 kilogrammes d’or net traités en 30 heures, la raffinerie traitait environ 2,5 tonnes d’or par mois en 2025. De la fusion à l’analyse par coupellation, en passant par le transport blindé sécurisé vers l’aéroport de Kigali, GGR s’était imposée comme le hub incontournable de l’or pur (lingots 999.9) en Afrique de l’Est.

Les sanctions américaines mettent en lumière un réseau très structuré d’entreprises interconnectées, toutes contrôlées par des figures influentes du secteur :

  • Jean Malic Kalima (alias Kalima Karekezi) : président et chairman de Gasabo Gold. Il contrôle également trois autres sociétés minières rwandaises sanctionnées : Bugambira Mines LTD (alias Multiserve Consults), Wolfram Mining and Processing LTD et Rwinkwavu Mining Corporation LTD.
  • Bosco Kayobotsi : directeur général de GGR, responsable de la gestion opérationnelle quotidienne.

Ces sanctions touchent le Rwanda là où cela fait mal : son portefeuille. L’or est devenu le premier produit d’exportation du pays, générant 885 millions de dollars en 2023. L’ambition affichée de Kigali est d’atteindre 2,2 milliards de dollars de revenus miniers d’ici 2029.

Le calcul économique de la transformation locale était hautement stratégique : un kilogramme d’or brut estimé à 120 000 dollars passe à environ 134 000 dollars une fois raffiné à 99,99 %, sans compter la plus-value de l’argent récupéré lors du processus, estimée à environ 1 800 dollars par kilogramme.

En bannissant GGR des circuits financiers internationaux, Washington porte un coup d’arrêt majeur aux ambitions économiques du Rwanda basées sur les ressources de son voisin congolais.

Annie Ngomamvula

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