Le Sénat nigérian a adopté, jeudi à Abuja, un projet de révision constitutionnelle autorisant la création d’une force de police dans chacun des 36 États de la fédération. Cette réforme vise à permettre aux autorités locales de mieux répondre aux défis sécuritaires auxquels le pays est confronté depuis plusieurs années.
Jusqu’à présent, la sécurité intérieure du Nigeria reposait principalement sur une police fédérale centralisée chargée d’assurer le maintien de l’ordre sur l’ensemble du territoire national. Avec cette réforme, le pays se dirige vers un système de sécurité à deux niveaux.
Selon le texte adopté, chaque État pourra mettre en place sa propre police pour traiter les questions de sécurité liées à son environnement local. La police fédérale conservera quant à elle les missions relevant de la sécurité nationale, notamment la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée et la surveillance des frontières.
Le projet prévoit également que les gouverneurs des États puissent nommer les commissaires de police chargés de diriger ces nouvelles structures. Ces désignations devront toutefois être approuvées par les assemblées législatives des États concernés. Plusieurs mécanismes de contrôle et d’encadrement ont aussi été intégrés afin de définir les responsabilités et les limites d’intervention des futures polices d’État.
Cette réforme intervient dans un contexte marqué par une insécurité persistante dans plusieurs régions du Nigeria. Dans le nord-est, les forces de sécurité poursuivent leurs opérations contre des groupes armés extrémistes. Le nord-ouest et le centre du pays restent confrontés à des enlèvements contre rançon, à des violences communautaires et à des attaques de groupes criminels. Dans le delta du Niger, les autorités font également face à des actes de sabotage et à diverses activités illicites liées aux ressources pétrolières.
Depuis plusieurs années, plusieurs gouverneurs, spécialistes des questions sécuritaires et responsables politiques plaident pour une décentralisation partielle du système policier. Selon eux, des forces de sécurité implantées au niveau local pourraient améliorer la collecte des renseignements, renforcer la collaboration avec les communautés et permettre des interventions plus rapides en cas de menace.
Les défenseurs de cette réforme estiment également que les États doivent disposer de moyens adaptés pour répondre aux préoccupations sécuritaires des populations. D’autres observateurs appellent cependant à la prudence et soulignent la nécessité de mettre en place des garanties suffisantes afin d’éviter toute utilisation politique des futures polices d’État.
L’adoption du texte par le Sénat ne marque toutefois pas la fin du processus législatif. Pour entrer en vigueur, la réforme devra encore obtenir l’approbation d’au moins vingt-quatre des trente-six assemblées législatives des États, conformément aux exigences de la Constitution nigériane.
Si cette dernière étape est franchie, le Nigeria pourrait engager une transformation majeure de son système de sécurité intérieure, avec une répartition plus large des responsabilités entre les autorités fédérales et les gouvernements des États.
Pemba Munganga
