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Le 22 juillet à Ouagadougou, le président burkinabè Ibrahim Traoré a lancé un vibrant appel à la jeunesse africaine: se libérer des pesanteurs du colonialisme, cesser de tendre éternellement les mains vers le ciel, et prendre en main son destin par l’effort, la créativité et la science.

Ce discours, qui bouscule les habitudes spirituelles et les réflexes de dépendance, résonne comme une véritable révolution mentale. Il rappelle avec force le cri de l’inoubliable penseur congolais Mabika Kalanda dans son ouvrage « La remise en question, base de la décolonisation mentale ». Deux voix, deux époques, mais une même urgence: réveiller l’Africain noir pour qu’il devienne l’artisan de son propre développement.

À Ouagadougou, Ibrahim Traoré n’a pas mâché ses mots. Pour lui, l’Afrique ne peut continuer à se réfugier derrière la religion comme unique moteur de progrès. Dieu, dit-il, a doté le Noir des mêmes compétences que les autres peuples; il appartient désormais aux Africains de les utiliser pour bâtir leur avenir. Ce message, provocateur pour certains, libérateur pour d’autres, s’inscrit dans une logique de rupture avec la dépendance mentale héritée de la colonisation.

En 1967, Mabika Kalanda posait déjà les bases de ce combat intellectuel. Son livre La remise en question invitait l’Africain à se défaire des chaînes invisibles du colonialisme, non seulement politiques et économiques, mais surtout mentales. Pour lui, la véritable indépendance ne pouvait se réaliser qu’à travers une décolonisation de l’esprit, une capacité à penser par soi-même et à valoriser ses propres cultures et savoirs.

Le parallèle est saisissant: Traoré exhorte à l’usage de la science et de la technologie comme leviers de développement, tandis que Kalanda insistait sur l’autonomie intellectuelle et culturelle. L’un comme l’autre dénoncent la paresse mentale et l’attentisme qui paralysent l’Afrique. Tous deux appellent à un réveil collectif, à une prise de conscience que le salut ne viendra ni de l’Occident ni d’une providence divine, mais de l’effort et de l’ingéniosité des Africains eux-mêmes.

Ce discours ouvre la voie à un paradigme inédit: celui d’une Afrique qui croit en ses propres forces. Il ne s’agit pas de renier la foi, mais de comprendre que la religion ne peut remplacer la science, la technologie et le travail. L’Afrique doit apprendre à conjuguer spiritualité et rationalité, mémoire et innovation, identité et modernité. C’est à ce prix qu’elle pourra sortir du cercle vicieux de la dépendance et s’imposer comme acteur majeur du XXIᵉ siècle.

Le message d’Ibrahim Traoré, en écho à Mabika Kalanda, sonne comme une alarme: l’heure est venue pour l’Africain noir de se réveiller, de se remettre en question et de s’affranchir des carcans mentaux hérités du colonialisme. La décolonisation politique est derrière nous, mais la décolonisation mentale reste à accomplir. C’est là que se joue le véritable destin du continent: dans la capacité de ses peuples à croire en eux-mêmes, à inventer, à créer, à bâtir. L’Afrique ne progressera pas par des prières seules, mais par l’effort et l’intelligence de ses enfants.

YAMAINA MANDALA

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