Peut-on véritablement parler d’autonomisation lorsqu’une femme parvient à générer un revenu, mais voit sa sécurité compromise ? C’est autour de cette interrogation que la philanthrope, entrepreneure et défenseure des droits des femmes, Marie Claire Sabangu, a articulé son intervention lors d’un panel consacré à l’autonomisation économique des femmes et à la prévention des violences basées sur le genre (VBG), organisé le mercredi 29 juillet 2026 à l’Hôtel du Fleuve, dans le cadre de la cérémonie officielle d’ouverture du Forum de la Conférence régionale et de la Quinzaine de la Journée internationale de la femme africaine.
Face à une situation qu’elle juge préoccupante, l’oratrice a plaidé pour une approche intégrée faisant de la sécurité des femmes un pilier incontournable des politiques publiques d’autonomisation. Elle a appelé l’État, les partenaires au développement ainsi que les communautés à unir leurs efforts afin de garantir que l’indépendance économique des femmes ne les expose pas davantage aux violences.
Pour illustrer l’ampleur du défi, Marie Claire Sabangu a rappelé qu’environ 130 000 cas de viol ont été signalés en République démocratique du Congo en 2024, soit près d’une femme violée toutes les quatre minutes.
«« Ce chiffre n’est pas seulement une statistique : c’est une alarme. Derrière ces données se trouvent des vies brisées, des familles fragilisées et une urgence que nous n’avons plus le droit d’ignorer », a-t-elle déclaré.»
Au-delà des statistiques, la défenseure des droits des femmes a partagé une histoire vécue sur le terrain, celle de Mama Riziki, une commerçante du Sud-Kivu. Après avoir obtenu un petit crédit destiné à développer son commerce de manioc, cette dernière a vu son activité devenir une source de tensions au sein de son foyer, jusqu’à être confrontée à des violences.
«« Je voulais seulement nourrir mes enfants. J’ai gagné un revenu, mais j’ai perdu la paix. Ce qui devait me libérer m’a exposée au danger », a rapporté Marie Claire Sabangu en reprenant les paroles de cette entrepreneure.»
Pour l’intervenante, ce témoignage met en évidence les limites d’une politique d’autonomisation qui se limite au seul accès aux ressources financières.

«« L’argent seul ne protège pas une femme. L’autonomie sans sécurité reste une liberté inachevée », a-t-elle insisté, estimant que les programmes économiques doivent désormais intégrer des mécanismes de prévention, de protection, d’écoute et d’accompagnement.»
Selon elle, il ne peut y avoir de véritable autonomisation tant que les femmes continuent à payer le prix de leur réussite économique par une augmentation des risques auxquels elles sont exposées.
«« On ne peut pas parler d’autonomisation lorsqu’une femme gagne un revenu, mais perd sa sécurité », a-t-elle affirmé devant les participants.»
Trois priorités pour une autonomisation durable
Dans son plaidoyer, Marie Claire Sabangu a identifié trois catégories d’acteurs appelés à jouer un rôle déterminant.
Elle a d’abord invité l’État à transformer les politiques économiques en véritables instruments de protection sociale, en consacrant des budgets à la prévention des violences basées sur le genre, à la prise en charge des survivantes, à l’accès à la justice et à l’accompagnement psychosocial. Elle a également recommandé de faciliter l’accès des coopératives et des petites entreprises dirigées par des femmes aux marchés publics, dans un environnement sécurisé.
S’adressant ensuite aux partenaires au développement, elle les a exhortés à aller au-delà du simple financement des projets. Elle a plaidé pour l’intégration de mécanismes confidentiels de signalement, de dispositifs d’orientation vers les services juridiques et psychosociaux, ainsi que d’un suivi communautaire permettant de prévenir les violences liées à l’autonomisation économique.
«« La réussite économique d’une femme ne doit jamais devenir une source de danger, mais un chemin vers la liberté », a-t-elle souligné.»
Enfin, la philanthrope a insisté sur le rôle central des communautés, qu’elle considère comme le premier rempart contre les violences faites aux femmes. Selon elle, les leaders communautaires, les associations féminines, les hommes engagés et les jeunes doivent contribuer à créer un environnement où la réussite des femmes est perçue comme un atout pour la famille et un moteur de développement pour toute la société.
Un appel à une mobilisation collective
En clôturant son intervention, Marie Claire Sabangu a lancé un appel à une mobilisation de tous les acteurs afin que les politiques d’autonomisation économique intègrent systématiquement la dimension de la sécurité.
«« Nous devons agir maintenant, avec détermination, pour qu’aucune femme ne soit contrainte de choisir entre gagner sa vie et sauver sa vie », a-t-elle conclu.»
À travers ce plaidoyer, la philanthrope réaffirme une conviction forte : l’autonomisation économique des femmes ne peut produire des résultats durables que si elle garantit simultanément leur sécurité, leur dignité ainsi que leur droit d’entreprendre, de réussir et de vivre à l’abri de toute forme de violence.
Annie Ngomamvula
