La richesse du sous-sol congolais doit également devenir un patrimoine pour les Congolais. C’est tout l’enjeu du débat autour de la participation des travailleurs congolais au capital des entreprises minières opérant en République démocratique du Congo.
Depuis plusieurs décennies, la RDC contribue de manière significative à l’approvisionnement du marché mondial en minerais stratégiques. Pourtant, une question fondamentale demeure : comment faire en sorte que cette richesse profite durablement aux Congolais, au-delà des salaires, des impôts et des redevances minières ?
Une partie de la réponse se trouve dans la réforme du Code minier de 2018. En effet, l’article 71 bis a consacré le principe d’une participation d’au moins 10 % des personnes physiques congolaises au capital des sociétés minières. Le Règlement minier adopté la même année en précise les modalités de répartition, avec notamment une quote-part de 5 % destinée aux travailleurs congolais.
Il ne s’agit donc ni d’une revendication nouvelle ni d’une initiative improvisée, mais de la concrétisation d’une ambition nationale consacrée par la législation congolaise depuis 2018.
En remettant cette disposition au cœur de l’agenda minier en 2026, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, inscrit son action dans une perspective de transformation structurelle du secteur. Cette démarche s’inscrit dans la dynamique gouvernementale conduite sous la direction de la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, et impulsée par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
La portée de cette initiative dépasse largement les intérêts immédiats des entreprises et de leurs actionnaires. Elle pose les bases d’un nouveau modèle de participation des Congolais à leur économie : ne plus être uniquement des salariés des entreprises qui exploitent les ressources naturelles de leur pays, mais accéder également à la propriété du capital, participer à la création de valeur et, lorsque les performances financières le permettent, bénéficier des dividendes.
Une telle ambition soulève naturellement d’importantes questions juridiques, financières et opérationnelles. Les modalités d’acquisition des titres, leur valorisation, les droits des actionnaires existants ainsi que les mécanismes de protection des investissements doivent être définis avec rigueur et transparence. Ces préoccupations sont légitimes et appellent des réponses appropriées. Elles ne doivent cependant pas occulter la finalité fondamentale de cette disposition légale.
La souveraineté économique ne signifie pas l’exclusion des investisseurs étrangers. Elle suppose plutôt la construction d’un partenariat équilibré, dans lequel les capitaux internationaux contribuent au développement du pays, tandis que les Congolais accèdent progressivement à une part réelle, effective et durable de la richesse créée sur leur propre territoire.
C’est précisément dans cette recherche d’équilibre que l’action du Gouvernement peut prendre toute sa dimension : concilier attractivité du secteur minier, sécurité juridique, justice économique et participation nationale.
L’enjeu est d’autant plus important que les ressources minières ne sont pas inépuisables. Les générations futures ne pourront pas indéfiniment compter sur les gisements exploités aujourd’hui. Elles doivent, en revanche, pouvoir hériter d’une économie plus solide, d’entreprises compétitives et d’un patrimoine national mieux constitué.
La réussite de cette démarche ne se mesurera donc pas uniquement au respect d’un pourcentage inscrit dans la loi. Elle devra également s’apprécier à travers le nombre de travailleurs congolais effectivement devenus actionnaires, la valeur réelle de leurs participations, la protection de leurs droits et les perspectives économiques que cette nouvelle forme de propriété pourra ouvrir à leurs familles.
Le véritable enjeu n’est pas de retirer arbitrairement la richesse aux investisseurs pour procéder à une redistribution symbolique. Il est de faire en sorte que l’exploitation des ressources naturelles de la RDC contribue aussi à la constitution d’un patrimoine détenu par les Congolais eux-mêmes.
C’est à cette condition que la souveraineté sur les ressources naturelles pourra se traduire concrètement en souveraineté économique pour la Nation.
Le Congo doit demeurer une terre d’investissement, mais devenir également une terre de propriété, de prospérité partagée et de justice économique pour son propre peuple.
Annie Ngomamvula
