Quelques jours après le lancement de l’opération d’assainissement à la place Pascal, située à la limite des communes de Masina et de Kimbanseke, les premiers résultats sont déjà visibles. Si de nombreux habitants et usagers saluent une circulation plus fluide et un environnement plus propre, plusieurs petits commerçants disent avoir perdu leur principale source de revenus à la suite des opérations de déguerpissement.
Déployée depuis le 15 juillet 2026, l’opération est menée par la Task Force mise en place sur instruction du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, lors de la 91ᵉ réunion du Conseil des ministres. Elle vise à libérer les emprises publiques, évacuer les déchets et rétablir l’ordre sur plusieurs axes stratégiques de Kinshasa.
Sur le terrain, les agents procèdent au dégagement des espaces occupés de manière irrégulière, au nettoyage des caniveaux et à l’évacuation des dépôts sauvages d’ordures. À la place Pascal, un carrefour longtemps marqué par les embouteillages, les étalages installés sur les trottoirs et l’insalubrité, le paysage commence progressivement à changer.
Mais cette transformation a un coût pour une partie de la population. Des vendeuses de légumes, de fruits et d’autres produits de première nécessité, contraintes de quitter les lieux, disent se retrouver sans solution immédiate pour poursuivre leurs activités.
« Mon mari a perdu son travail. C’est en vendant des légumes ici que je nourris ma famille. Aujourd’hui, je ne sais pas comment nous allons vivre. Dans les marchés, les places sont rares et, même lorsqu’il y en a, je n’ai pas les moyens de m’en procurer une », témoigne une commerçante rencontrée sur place.
Plusieurs commerçants appellent les autorités à accompagner cette opération par des mesures de relocalisation ou par la création de marchés de proximité afin de limiter les conséquences économiques des déguerpissements.
À l’inverse, les automobilistes et conducteurs de moto-taxis estiment que les premiers effets de l’opération sont déjà perceptibles. Ils évoquent une baisse des embouteillages, une circulation plus fluide et un gain de temps dans leurs déplacements quotidiens.
« Personnellement, je suis très heureux. Il n’y a presque plus d’embouteillages ni d’amas de déchets. Nous respirons un air plus sain et nous effectuons nos déplacements beaucoup plus rapidement qu’auparavant », explique un conducteur de moto-taxi.
Le sentiment est partagé par certains riverains, qui disent constater un environnement plus ordonné et une amélioration de la sécurité dans le quartier.
« Je suis très contente. Je peux désormais marcher tranquillement avec mon téléphone à la main sans crainte. Je me sens beaucoup plus en sécurité qu’avant », affirme Jenny, habitante du quartier environnant de Pascal.
Les agents du Service national poursuivent, de leur côté, les travaux de nettoyage et de dégagement. Ils assurent rester mobilisés malgré les critiques et les résistances rencontrées sur le terrain.
« Je suis bâtisseur et je suis ici pour rendre cette place belle et propre. Qu’on nous critique ou qu’on nous insulte, nous accomplissons notre mission. Ceux qui refusent de respecter les consignes s’exposent aux mesures prévues », déclare un bâtisseur sous couvert d’anonymat.
À la place Pascal, l’assainissement dépasse désormais la seule question de la propreté. L’opération met en évidence un défi auquel Kinshasa est régulièrement confrontée : moderniser l’espace urbain sans fragiliser davantage les milliers de familles qui tirent leur subsistance du commerce informel. C’est sur cette capacité à concilier ordre public et réalités sociales que sera aussi jugée la portée de cette réforme urbaine.
Jonathan Mavambu
