La récente déclaration de Godé Mpoyi affirmant que « depuis le début de la création, l’État a toujours été géré par l’Église… Dieu était le président et le diable, l’opposant » constitue l’une des dérives les plus inquiétantes du débat politique congolais actuel.
Qu’un citoyen soutienne politiquement Félix Tshisekedi est un droit légitime dans une démocratie. Mais instrumentaliser Dieu, la Bible et la foi chrétienne pour justifier un projet controversé de troisième mandat, de changement de Constitution ou de quatrième République relève d’une confusion grave entre spiritualité, propagande politique et manipulation des consciences.
Cette sortie est juridiquement dangereuse, politiquement irresponsable, moralement choquante et théologiquement blasphématoire.
1. Sur le plan juridique : la Constitution n’est pas un texte religieux
La République démocratique du Congo n’est ni une monarchie divine ni une théocratie.
Elle est un État de droit régi par une Constitution.
Or, la Constitution congolaise actuelle repose sur un principe fondamental : la souveraineté appartient au peuple et non à une prétendue mission divine d’un individu ou d’un régime.
Assimiler l’opposition politique au diable revient implicitement à criminaliser toute contradiction démocratique. C’est une atteinte dangereuse au pluralisme politique garanti par la Constitution. Dans une démocratie, l’opposant n’est pas Satan ; il est un acteur légitime de la vie républicaine.
Un député national, ancien président d’assemblée provinciale et professeur d’université ne peut ignorer que :
la légitimité du pouvoir vient des urnes et non d’une onction mystique ;
la Constitution n’est pas un évangile partisan ;
le mandat présidentiel est limité par le droit positif ;
et aucun homme ne peut se placer au-dessus des principes républicains au nom de Dieu.
Lorsque des responsables politiques commencent à sacraliser un pouvoir temporel, l’histoire enseigne toujours que cela prépare les abus, l’intolérance et parfois les violences politiques.
2. Sur le plan politique : l’argumentaire du troisième mandat est en faillite
Depuis plusieurs mois, les défenseurs du troisième mandat multiplient des arguments émotionnels, tribalistes, religieux ou populistes parce qu’ils peinent à convaincre sur le terrain du bilan.
Le peuple congolais attend :
la sécurité ;
la fin de la guerre à l’Est ;
l’amélioration du pouvoir d’achat ;
l’emploi des jeunes ;
l’électricité ;
des institutions crédibles ;
une justice indépendante ;
et des élections transparentes.
Mais au lieu de répondre à ces urgences, certains acteurs politiques préfèrent détourner le débat vers :
le changement de Constitution ;
le référendum ;
la quatrième République ;
ou des interprétations mystico-politiques dangereuses.
Quand un pouvoir commence à chercher sa légitimité dans les autels plutôt que dans son bilan, cela révèle souvent un déficit de résultats et une peur du verdict populaire.
3. Sur le plan moral : des pasteurs transformés en agents politiques
Le constat est profondément amer : une partie importante des pasteurs dits « des églises de réveil » semble avoir abandonné la mission prophétique de l’Église pour devenir une cour de soutien du pouvoir.
Au lieu de dénoncer :
la corruption ;
la misère ;
l’endettement excessif ;
les violations des libertés ;
les détournements ;
l’insécurité ;
ou les dérives institutionnelles,
certains prédicateurs préfèrent défendre des ambitions politiques personnelles au nom de Dieu.
L’Église doit éclairer la conscience nationale, non servir de machine de propagande.
Le rôle biblique du pasteur n’est pas de transformer les fidèles en électeurs captifs ni de diaboliser ceux qui pensent autrement.
4. Sur le plan religieux : comparer l’opposition au diable est une dérive blasphématoire
La déclaration de Godé Mpoyi pose un problème théologique majeur.
Dans les Écritures :
Dieu n’est pas candidat à une élection ;
Satan n’est pas un opposant politique ;
et la foi chrétienne n’a jamais été conçue comme un outil de domination électorale.
Jésus-Christ lui-même a refusé de confondre le Royaume spirituel avec le pouvoir politique lorsqu’il déclarait :
« Mon royaume n’est pas de ce monde. »
Transformer un débat constitutionnel en combat entre Dieu et Satan revient à :
manipuler les croyants ;
sacraliser un régime humain faillible ;
et introduire la peur religieuse dans le débat démocratique.
C’est extrêmement dangereux pour la paix civile.
Car demain, tout contradicteur politique pourrait être présenté comme “ennemi de Dieu”, ouvrant ainsi la voie au fanatisme politique.
5. Le problème du tribalisme politico-religieux
Il devient également préoccupant de constater que nombre des voix religieuses les plus radicales en faveur du troisième mandat proviennent du même espace sociopolitique que le chef de l’État.
Cette réalité alimente dans l’opinion nationale un sentiment dangereux : celui d’une captation ethno-politique du pouvoir soutenue par certains réseaux religieux.
La RDC appartient à tous les Congolais.
Aucune communauté, aucune province, aucune Église et aucun groupe politique ne peut prétendre disposer d’un droit divin sur la République.
Conclusion
Le Congo a besoin :
d’hommes d’État et non de prophètes du pouvoir ;
de juristes et non de manipulateurs des consciences ;
d’institutions fortes et non de cultes de personnalité ;
d’une Église prophétique et non d’une Église partisane.
Le troisième mandat ne deviendra jamais une vérité biblique parce que certains pasteurs l’auront prêché.
Et aucun responsable politique, fût-il député, professeur ou pasteur, n’a le droit moral d’utiliser Dieu pour intimider démocratiquement le peuple congolais.
La Constitution de la République démocratique du Congo doit rester au-dessus des intérêts individuels, des ambitions personnelles et des sermons politiques déguisés en révélations divines
Moussa Kalema
